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Panama

Panama: Marinas
Panama Canal Yacht Club









D'un océan à l'autre

Chantal Arrelle & Jean-François Marchand

En ce 15 mai 2005, nous prenons le chemin de l'isthme de Panama, une joie nous envahie de retrouver notre terre natale, ce cher continent américain. Néanmoins, en regardant derrière nous disparaître peu à peu les îles des San Blas, nous sommes nostalgiques de quitter ce joyau culturel, où nous avons vécu des moments extraordinaires et privilégiés avec la population indigène, les Kuna Yala.

On espère obtenir une place à la marina Panama Canal Yacht Club, qui est très achalandée. Il y a fort longtemps que Rabaska s'est amarré à un ponton. Quel plaisir d'avoir de l'eau en abondance, une bonne douche chaude à gros jets, refaire une beauté à Rabaska, le lavage, Internet et surtout bouffer au resto de la marina; le seul que l'on peut fréquenter sans risque de se faire lyncher.

Voilier Desire sortant des écluses du canal de Panama
Voilier Desire sortant des écluses du canal de Panama

Sinon, ça sera le mouillage, au " Flat " comme on l'appelle ici. L'avantage c'est la tranquillité et la gratuité. On peut aussi y apercevoir plus facilement les autres voiliers qui arrivent du canal. Ainsi, on est en première ligne pour négocier les amarres et pneus (pare battage à toute épreuve) à bon marché. Les inconvénients sont le trafic des cargos, on doit payer 2 $ au Yacht Club pour amarrer le youyou et d'autres frais pour se défaire de ses ordures, mais surtout les risques de vols.

Curieusement, à l'approche de Colon nous avons rencontré très peu de cargos et quelques-uns sont ancrés près du Flat. Vue de la mer, la ville de Colon ne nous semble pas trop périlleuse. Après quelques insistances, la chance nous sourit, Rabaska est amarré dans l'après-midi du 16 mai au Yacht Club à 0,63 $ US le pied. Ce ne sont pas les responsables du yacht-club qui nous amarrent, mais plutôt des Panamiens qui font leurs petites affaires. Petites, je dirai même plus: grosses Affaires... Ils se présentent et aussitôt prétendent qu'ils travaillent avec la collaboration de la marina et se précipitent pour vous vendre leurs services, location d'amarres, etc. Comme par hasard, la capitainerie affiche en gros plan qu'ils ne sont pas responsables de ces travailleurs autonomes! Il ne faut surtout pas conclure avec le premier venu.

Au yacht-club, ça bouge, ça bouge... Il y a de l'action et du va-et-vient sur les pontons et dans le resto-bar, ce qui est excellent pour trouver des équipiers et échanger de l'information. Nous attendrons au lendemain pour débuter les procédures. Il n'y a rien qui presse, aussi bien profiter de cette ambiance qui règne avec tous ces grands voyageurs en prenant une bonne bière froide et en se racontant nos aventures. De toute façon, en cette période de l'année, une fois les procédures enclenchées, on peut accéder au canal en moins de 7 jours. Contrairement à la haute saison, où l'on peut attendre de 2 à 3 semaines.

Traversée du lac Gatum
Traversée du lac Gatum


Le 17 mai au matin, nous enclenchons LES PROCÉDURES.

1re étape : Tour de contrôle

On prend un taxi qui n'est pas identifié comme tel. Il est garé devant le yacht-club, alors pourquoi pas! Chantal hésite... - La tour de contrôle S.V.P.! Le chauffeur insiste pour nous vendre ses services, louer des amarres, pneus et tout le tralala. De plus, il insiste pour nous accompagner jusqu'au bureau.

Ce qu'ils demandent : Liste d'équipiers, photocopie et original de l'enregistrement du bateau, couleur et vitesse maximum du voilier, si nous avons nos amarres, et de mettre notre drapeau jaune " Q " qui indique que nous attendons la visite de l'inspecteur. On nous remet une feuille avec un numéro de téléphone qu'on doit utiliser pour le transit et on nous informe que l'inspecteur viendra sur Rabaska avant midi pour prendre les mesures du voilier et remplir les formulaires pour le canal. Durée : un gros 5 minutes.

2e étape : Bureau d'immigration central

En route vers le bureau d'immigration, notre pseudo chauffeur de taxi est maintenant agressif avec son offre de location d'amarres à $60. On a beau lui répéter et répéter que nous ne sommes pas intéressés, il persiste. À un point qu'il nous menace. - Si vous ne prenez pas mes amarres, je vous débarque maintenant. - Maintenant! La merde... C'est inquiétant, on se trouve en plein centre-ville de Colon. Ici ça ressemble à Beyrouth en temps de guerre, c'est tout simplement dangereux et assuré qu'en moins d'une minute on va se faire lyncher. C'est la ville et les gens les plus paumés qu'on a pu voir de notre vie. Les seuls endroits où l'on peut marcher à Colon, ce sont les endroits touristiques, très bien surveillés par l'armée Panamienne avec son artillerie. JF se fâche... - Au yacht-club direct.- Ouf! On l'a échappé belle. En revenant, on se remet de nos émotions et cette fois-ci, c'est un taxi officiel qui nous amène au bureau central d'immigration. On n'y parle que l'espagnol.

Ce qu'ils demandent : Les passeports et une photocopie de la 1re page du passeport, une autre du visa temporaire émit à l'entrer au San Blas et finalement une photo récente.

On nous fait remplir des documents en espagnol et on prend une empreinte digitale du pouce. Le coût : 11$ chacun. Durée : 30 minutes

3e étape : Douanes

Même si l'on vient des San Blas qui font parti de Panama, nous devons effectuer notre entrée. Hé oui, ici à Panama, si vous quittez Les San Blas, Colon ,Balboa ou Flaminco , vous devez refaire votre entrée et sortie à chaque fois. Et dépendamment de la personne qui vous reçoit, le montant est différent. Pour chaque entrée et sortie, ça coûte entre 10 et 15$.

Ce qu'il demande : Les documents habituels : immatriculation, cruising permit, passeport et surtout le Zarpe (document de sortie du port précédant), qu'on doit garder comme la prunelle de ses yeux. Durée : 30 minutes.

Dès notre arrivée au Yacht Club, nous avons emprunté les amarres d'un autre voilier pour l'inspection du lendemain matin, ainsi on aura tout le temps de magasiner nos amarres par la suite.

Le 18 mai

4e étape : L'inspection

À 11 heures l'inspecteur arrive. Il n'inspecte pas le moteur ni l'état du voilier. Il a quand même jeté un regard du coin de l'oeil sur nos amarres. Il prend la mesure de Rabaska du bout dehors à l'arche des panneaux solaires. L'inspecteur est très sympathique et on va au resto pour la paperasse.

Ce qu'il demande :

  1. Les mêmes documents et les questions habituelles : Liste d'équipier (les équipiers qui demeureront sur Rabaska après le passage et non les équipiers qui font seulement le canal), " le cruising permit " (que nous avions pris aux San Blas au coût de $70), immatriculation du voilier, zarpe, photocopies, etc... Nous devons avoir pour l'aviseur, un bimini et une toilette fonctionnelle, des breuvages froids et un repas chaud.
  2. Choix de la méthode de passage des écluses: 5 façons existent ; seul, en pain de 2 ou 3 voiliers, au mur ou à couple d'un remorqueur. Nous avons choisi, soit seul ou à 2 voiliers. À trois voiliers ce n'est pas mauvais non plus. Attacher au remorqueur, c'est sale, ça pu et ça fait des taches d'huile sur le voilier et au mur on en parle pas, il y a danger de fracasser le mat.
  3. Vitesse du voilier : Si le voilier peut atteindre une vitesse de 8 noeuds, c'est 600$, sinon moins de 8 noeuds c'est 850$. Tous les voiliers rencontrés qui ne faisaient pas 8 noeuds, on mentionné qu'ils le faisaient, ils n'ont jamais eu a dépassé la vitesse de 5,5 noeuds lors du passage et de plus maintenant les voiliers parcourent la distance en 2 jours.
  4. Prix : Naturellement le prix est fonction de la mesure de l'inspection et de sa vitesse, moins de 50 pieds hors tout qui fait une vitesse maximum d'au moins 8 noeuds, 600$. De plus, une caution de 850$ est demandée et remboursable 3 semaines plus tard, si on paye par carte de crédit. Sinon comptant ou par chèque, le remboursement est un peu plus compliqué et plus long.
  5. Encore la paperasse : L'inspecteur remet une feuille de renseignements pour la banque et fait signer une décharge de non-responsabilité en cas d'accident dans le canal. Que ce soit un bris de moteur, que les amarres lâchent, même si vous les avez loués ou pour toutes autres raisons. Et plein d'autres documents encore. Durée : 1hrs30
  6. Finalement, il ne nous reste qu'aller à la banque avant 14hre pour payer. Nous irons le lendemain matin.


Le 19 mai

La banque : Elle nous demande une carte de crédit, le passeport du détenteur de la carte et le formulaire pour paiement de transit.

Téléphone à la tour de contrôle : On doit attendre entre 12 et 24 heures pour téléphoner à la tour de contrôle. En fin de journée vers les 15hrs, on appelle, il nous donne la date et l'heure du transit. Ça y est, nous sommes fixés. Le grand jour sera pour le 22 mai à 16hrs. Incroyable, dans 3 jours. Vu la rapidité de notre date, on doit se grouiller les fesses.

Chantal attaque... Elle trouve un voilier avec qui JF passera le canal le 20 mai, et le capitaine viendra à son tour sur Rabaska. C'est une excellente idée de prendre l'expérience sur un autre voilier.

Les équipiers : 4 receveurs de lignes sont exigés, plus le capitaine à la barre. On est déjà 4 receveurs de lignes. Mais Chantal préfère être libre pour les photos, vidéos, faire la bouffe et s'assurer des opérations. Ils traînent toujours au resto des voyageurs à sac à dos. Moins d'une heure a suffi pour que Chantal trouve son 4e équipier expérimenté. La seule chose qu'il demande, c'est le billet de retour à l'hôtel qui coûte 2$. Alors là, on a fait une grosse économie, puisque des receveurs de lignes panamiens coûtent 65$ chacun.

Les amarres : 4 amarres de 16mm de 125 pieds chacune. Les louer coûte 60$, les acheter coûte 48$. On les a achetées et séparé les frais et les amarres avec le voilier Desire, que JF aidera à passer demain. De toute façon, des amarres c'est toujours utile à bord. Ils nous serviront fort probablement lors des mouillages en Polynésie française. JF reviendra en bus avec les amarres.

Les pneus : Le nombre de pneus, c'est comme on veut. Le mieux est de les prendre des voiliers qui reviennent du canal, mais en cette période de l'année c'est assez rare. Six au total seront suffisants, avec notre grosse boulle et nos 8 autres défenses normales. Certains voiliers sont tapissés d'un bout à l'autre et de chaque côté, c'est un peu exagéré et lourd. Les pneus coûtent 3 $ chacun et pour s'en débarrasser de l'autre côté, 2 $ chacun.

Le 21 mai

Chantal téléphone à la tour de contrôle le matin pour la confirmation du passage, c'est toujours le 22 mai, mais à 16hrs30. JF revient vers les 18hrs, il a utilisé le bus super équipé, air climatisé, film qui ne coûte que 2 $. Il revient enchanté de son passage du canal et il a trouvé l'expérience beaucoup plus facile qu'il ne pensait.

Le 22 mai

On se réveille ce matin avec un petit air enchanteur, pas stressé du tout et de très bonne humeur. On plane, on à peine a croire que nous allons réaliser ce rêve de passer de l'autre côté, dans l'autre océan. C'est le grand jour, nous hissons le drapeau québécois qu'un jour le voilier Thalia nous avait remis pour l'occasion. C'est le rêve de Thalia et il accompagnera Rabaska dans l'âme pour cette journée.

La tour de contrôle retarde le départ à 18hrs00. Épicerie le matin, très important pour l'aviseur. Il aime les sodas froids, quelques grignotines et un copieux repas chaud. Le repas choisi ; un riz espagnol, spécialité du capitaine. Retour sur Rabaska, nous enveloppons les pneus avec des sacs en plastique, on protège nos panneaux solaires (contre les pommes de touline qui seront lancées), on libère le pont de tout ce qui pourrait déranger les attrapeurs de lignes.

Première écluse du Côté Atlantique
Première écluse du Côté Atlantique
À17hre 30, nous nous rendons au flat et on attend et attend. Finalement à 19hre 30, le remorqueur s'accoste à Rabaska et l'aviseur embarque. Jeune homme dans la vingtaine, très sympathique et qui connaît bien son affaire. Le succès du canal dépend en grande partie des compétences de l'aviseur. Au moteur à 4 noeuds, on se dirige paisiblement pendant une heure vers le canal. Un voilier allemand et un cargo seront avec nous. Juste avant d'entrée dans les écluses, on s'attache au voilier allemand de 30 pieds. Rabaska est le bateau amiral, c'est notre donc notre aviseur qui prend les décisions et JF est aux commandes.

La première partie du canal est constituée de 3 écluses d'une ascension 30 pieds chacune. Ce sont les plus difficiles à passer à cause des forts remous générés par le remplissage rapide de l'écluse. On se situe bien au centre, et le principe est d'y rester. Avant tout, on s'assure que notre amarre est bien démêlée, qu'il n'y aura pas formation de noeuds dans la manoeuvre. Lancé de la pomme de touline par les travailleurs du canal. Attention de ne pas la recevoir sur le coco! - Merde la dame Allemande l'a reçu, bon ça va.- Avec le gros noeud de chaise d'un mètre de diamètre on attache nos amarres aux pommes de touline lancées. Les travailleurs du canal reprennent nos amarres et les attaches aux grosses bittes d'amarrage en haut du mur de l'écluse.

Voiliers amarrés, prêt pour la descente
Voiliers amarrés, prêt pour la descente
Le cargo devant est heureusement assez loin de nous. Nous sommes au centre des ces murs géants de ciment, les immenses portes en cuivre " style espagnol et très jolies " se referment doucement derrière nous. Ça y est mon kiki, on est parti, l'Atlantique est une étape de franchie et une nouvelle vie nous attend. Quelle émotion! Ça monte, ça monte et très rapidement, quelques remous, les attrapeurs de lignes reprennent le mou, JF manoeuvre très bien et les 2 voiliers restent bien au centre. En moins de 5 minutes, on est déjà tout en haut et l'immense porte est devenue très petite. Cool, c'est pas mal cool, à la suivante. Nous avançons tranquillement en même temps que les travailleurs du canal jusqu'à la l'écluse suivante. On recommence l'opération une fois, deux fois, ça prend une quinzaine de minutes à chaque écluse. À la 3e, c'est tout un spectacle qui s'offre à nous. Les lumières des écluses brillent dans la nuit, on dirait un petit village tout bas, très, très bas en fait à 90 pieds et à l'avant, l'on aperçoit s'ouvrir ces superbes portes qui nous donnent accès gentiment au lac Gatum.

Dix mètres plus bas, en 5 minutes
Dix mètres plus bas, en 5 minutes
Rabaska se détache de son compagnon allemand. Tout en douceur, il se laisse glisser dans cette eau calme comme un miroir jusqu'à la grosse bouée d'amarre où nous passerons la nuit. Notre aviseur nous accompagne pour une bière fraîche et on fait un peu la fête comme la tradition panamienne le souhaite. La tradition veut que se soit des moments de bonheur accompagné de musique, danse, de bonne bouffe et d'amis. L'on doit s'amuser car c'est un privilège d'effectuer ce passage et se retrouver dans le pacifique. Ce lac est magique, moi et JF on se croyait en camping avec nos kayaks de mer sur le bord d'un de nos beaux grands lacs du Québec. La seule différence étant les cris aigus des singes et tous ces bruits de la jungle.

À 7hre le lendemain matin, on attend notre aviseur, il est en retard et de mauvais poil. Son cousin, l'aviseur du voilier allemand, lui a fait faux bond ce matin et ne l'a pas attendu. Il est 9hre passé, les Allemands sont déjà partis depuis plus d'une heure trente. Notre aviseur, un jeune dans la vingtaine, nous dit à peine bonjour, il s'installe dans le carré et désire deux oeufs, toasts, jambon, fromage, café et le poste de radio local à tue-tête. Il lit tranquillement son journal tout en prenant son temps pour le petit-déj. L'aviseur donne l'ordre de mettre le moteur à fond (ce que l'on a fait que partiellement), Rabaska file à 7,2 noeuds. Il lui suffit d'une heure pour dépasser le petit voilier allemand qui roule à 4 noeuds. Chantal se lève et prend l'ambiance en main. Allez que la fête commence, musique Brésilienne et fait danser notre aviseur. Ho! Là, il est de bonne humeur...

C'est très joli le lac Gatum, nous avons pris le raccourci (le Banana Cut), la jungle nous entoure. Nous passons le nouveau pont des Amériques qui est magnifique. Nous nous sommes attachés au quai avant la prochaine série d'écluses, nous sommes en avance d'une heure sur le voilier allemand. Bonne bouffe que Chantal a préparée, on discute, on danse, on s'amuse.

Le même scénario se fait que dans la première série d'écluses à l'exception qu'on descend et que nous sommes seuls (les deux voiliers) dans l'écluse. Tout se beau monde travaille que pour nous. C'est d'une facilité surprenante, très rapide, c'est amusant. Chantal prend les commandes à la place de JF, ce qui fait bien rigoler notre aviseur. Tout le monde est heureux et charmé par ces lieux. Particulièrement nous, c'est plus que le bonheur, Chantal en verse de belles larmes. Une fierté nous envahie... Tout ce chemin parcouru depuis 2 ans, c'est à peine croyable que nous sommes aux portes du pacifique. Là plus grand océan du monde, que d'aventures nous attendent.

Portes du Pacifique, écluse de Miraflor
Portes du Pacifique, écluse de Miraflor

Tous deux à l'avant sur le balcon, l'impressionnante porte de Miraflor s'ouvre et nous accompagnons Rabaska sur ces premiers pas sur le Pacifique. Nous passons sous le pont qui relit les deux continents et nous laissons derrière nous notre tendre Amérique.

Rabaska ( www.cap-sur-le-monde.com ) a ensuite fait escale à Panama City, les îles Las Perlas, les îles Galapagos et complète présentement une traversée de 3000 miles en direction des Marquises. Que d'images, de souvenirs, d'émotions... Nous avons bien hâte de vous en dire plus. N'hésitez pas à nous écrire, vos commentaires sont source de motivations.


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